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Affiche

2emeprintemps

Actes

Les actes du colloque ont été édités sous la forme d’un livre de poche paru aux éditions Weyrich.

Ils peuvent être obtenus en librairie, au prix de 12€, ou en les commandant directement chez l’éditeur (frais de port en sus) : www.weyrich-edition.be

Voici quelques extraits des différents exposés :

DIALOGUE AUTOUR DE LA DIGNITÉ

Marc Fourny et Cécile Bolly

Dans ce sens-là, celui d’une valeur intrinsèque, la dignité est présente tout au long de la vie, elle ne peut pas être perdue.

Mais commande-t-elle pour autant toujours le respect de l’autre ? Revenons à des expressions que nous entendons ou que nous prononçons parfois comme « Ce n’est pas digne de lui ».

Peut-être voulons-nous dire que son comportement ne correspond pas à ce que nous attendons de lui, ou à ce qui nous donne envie de le respecter ? Qu’il nous déçoit ?

Inversement, les gens nous jugent, nous collent certaines valeurs et quand nous ne les respectons pas, ils disent à propos de nous « Ce n’est pas digne de lui ou d’elle ».

Encore une fois, cela nous montre que la dignité se trouve dans une parole ou dans un discours qui concerne notre relation à l’autre et plus précisément le regard qu’il porte sur nous.

Cela nous joue évidemment des tours, car comme ce regard n’est pas toujours bienveillant, il nous arrive de le craindre.

Face à une patiente démente, qui ne sait plus ce qu’elle fait et se promène nue dans les couloirs d’une maison de repos, une dame disait récemment « C’est inhumain ». En discutant avec elle, il s’est avéré qu’elle voulait surtout affirmer qu’elle-même ne voudrait jamais être vue ainsi.

Quand un patient souffre de démence, peut-être s’éloigne-t-il d’une certaine liberté de choix ou d’une certaine responsabilité (que nous négligeons parfois sérieusement, même sans l’excuse de la démence !), mais pas pour autant de la dignité, qui témoigne envers et contre tout de son humanité.

MA DIGNITÉ, TA DIGNITÉ SI TU VEUX ?

Jean-Michel Longneaux

Une dernière précision s’impose quant au respect de la dignité humaine. La vie en nous veut s’accroître de soi, c’est-à-dire cherche à accroître le bonheur d’être qu’elle est fondamentalement. Pratiquement, cela passe par le déploiement de nos pouvoirs, par l’organisation de la société et par l’aménagement du monde, de telle sorte que ce bonheur reste concrètement possible. Respecter la dignité de l’homme, c’est donc oeuvrer pour que la vie de chacun puisse persévérer comme désir de soi, c’est également travailler à améliorer la société et le monde pour que le bonheur d’exister n’y soit pas qu’un mot. La vie qui veut son bonheur veut les conditions de ce bonheur. Toutefois, les manières de s’affirmer en société et d’organiser le monde qui y contribuent ne sont pas données. Il faut les inventer et c’est pourquoi elles varient d’un individu à l’autre, d’une époque à l’autre, et d’une culture à l’autre. Se pose alors le difficile problème de faire coexister des styles de vie qui pour les uns sont vécus comme l’expression de la dignité, tandis que les autres les vivent comme avilissants. Afin de ne pas sombrer dans le relativisme qui verrait finalement se diluer la notion de dignité, une seule question peut nous guider pour lutter contre l’intolérable : ces comportements parfois interpellants permettent-ils à la personne concernée d’accroître le bonheur d’être, en elle et chez les autres ?

Préserver ou rendre à la vie de chacun cette force de se vouloir encore et toujours, dans la jouissance de soi, n’est-ce pas cela que l’on appelle soigner ?

« J’AI FROID…SERRE-MOI FORT DANS TES BRAS… »

Laurence Dantoing, Vanessa Kinet, Annabelle Baijot

Quand on parle de dignité, ce que nous voyons vraiment, c’est une histoire de rencontre et une histoire de lumière. Un éclairage qui élargit les limites de chacun : il y a quelque chose qui naît et qui a du sens, tout en restant parfois mystérieux.

C’est comme si éclairer les limites de chacun faisait naître une sorte de texture qui a avoir avec la dignité.

Cet éclairage, c’est une sorte de partage, de recherche de compréhension, d’écoute, d’ouverture à la liberté …qui transforment les limites en quelque chose de vivant ; c’est énergétique en quelque sorte.

Une ligne se transforme en un espace, quelque chose prend corps, se remplit.

La consistance qui est donnée à cet espace vient du sens qu’on peut trouver ensemble. On peut alors toucher quelque chose de neuf. Une naissance, en somme.

La démence pose-t-elle la question de la dignité ?

Yannis Constantinides

Son caractère abstrait, indéterminé autorise justement tous les usages, permettant notamment d’adopter à bon compte un ton supérieur pour condamner des pratiques « douteuses » comme le clonage humain ou les manipulations génétiques. La dignité exerce ainsi une véritable « tyrannie »1 dans le champ de l’éthique médicale. Mais le rôle central

qu’occupe aujourd’hui cette notion dans la réflexion éthique, et qu’illustre la récente inflation législative autour des droits des patients, ne représente pas forcément un progrès moral. Ce concept opératoire fait simplement l’unanimité dans un contexte individualiste où le besoin de reconnaissance tient une place déterminante.

L’invocation mécanique qu’on fait de la dignité dissimule d’ailleurs mal l’incompatibilité radicale de la conception religieuse du monde qui la sous-tend avec une pratique de plus en plus technique, désincarnée. Elle se réduit donc le plus souvent à une feuille de vigne morale, destinée à donner un supplément d’âme à la science médicale. Il est frappant à cet égard de constater qu’elle est d’autant plus complaisamment mise en avant que la réification de l’homme est grande dans les faits. Le respect formel de la dignité de l’autre en tant que personne semble dispenser de le traiter avec humanité…

VIVRE DEBOUT, EN CHAISE ROULANTE

Luc De Keersmaeker

La dignité c’est donc d’abord le respect de soi.

Ma dignité d’homme handicapé, le respect que je me dois, c’est peut-être d’abord de m’accepter moi-même tel que je suis. Comment demander à l’autre de me respecter, si je ne montre pas d’abord l’estime que j’ai de moi-même.

Pour accepter mon handicap, j’ai tout d’abord appris à relativiser celui-ci, aussi grave et lourd qu’il soit, à le vivre avec humour même. Ca met tout le monde à l’aise, ça réduit les peurs, les réticences. Je pense que le premier pas appartient à la personne handicapée qui doit dédramatiser les choses et mettre en avant sa normalité plutôt que sa différence.

Vivre en chaise roulante et sans l’usage de ses bras et ses jambes, c’est parfois compliqué, dans un monde conçu pour les valides. « Avec toi, rien n’est impossible, mais tout est compliqué » m’a un jour dit ma mère qui en connaît un bout sur la question…

Alors, il faut pouvoir accepter ses limites, se dire que tout n’est pas envisageable. Un poisson ne peut pas rêver de voler, comme un oiseau ne pourra jamais nager. Néanmoins, le ciel et la mer leur offrent à chacun des possibilités infinies.

Ma dignité d’homme handicapé, le respect que je me dois, c’est donc aussi de chercher malgré tout à développer mes potentialités, à tirer parti de tout ce que la vie m’offre et elle m’a déjà offert beaucoup.

Je ne sais pas jouer d’un instrument de musique mais j’ai appris à chanter. Je ne sais pas jouer au tennis mais je peux arbitrer un match. Dans les groupes dont je fais partie, je peux difficilement être celui qui agit, mais je suis souvent celui qui réfléchit. J’ai pas de pétrole, mais j’ai des idées.

MARIA, PISSE AND LOVE

Catherine Roegiers

Bruxelles, Place du Jeu de balle. 14h30, un dimanche de novembre. Les brocanteurs ont déserté leur emplacement. Quelques chineurs tardifs ramassent des fouffes, objets déclassés ou assiettes ébréchées, abandonnés au service de propreté de la ville.

Au coin de la place, un café. La porte est ouverte. J’entre et me dirige vers l’espace non-fumeurs situé au fond de la salle. Je commande une Leffe brune au fût et me débarrasse de mon manteau. L’ambiance est au brusselaire, à la bière et aux potins de quartier. Les habitués, assis sur la banquette en cuir, dévisagent les inconnus. Les serveurs slaloment entre les tables, le plateau rempli de verres et d’omelettes au lard.

Très vite, la bière et le froid de mes déambulations matinales ont raison de ma vessie.

« Toilettes ». La flèche indique quelques marches d’escalier. En bas, ça sent l’urine.

Pas de doute, j’y suis. À gauche, un bout de papier collé sur le carrelage mural « 30 cents », et une assiette vide qui les attend.

D’emblée, je me fais accoster par une petite dame aux cheveux blancs tenus par un serre-tête de plastic bleu. Son cardigan tricoté à la main est fermé jusqu’au cou. C’est vrai qu’il ne fait pas très chaud dans ce courant d’air permanent qui fait voleter l’affichette. Je frissonne.

Madame pipi me guide vers la toilette Dames, un chiffon à la main. « Si tu veux, la lumière c’est là, sinon c’est noir. Et tu éteints quand tu as fini...

POURQUOI CEUX QUI VONT MOURIR DEMANDENT-ILS QU’ON LEUR TIENNE LA MAIN ?

Julie De Mol, Tiphaine Burteaux, Jessica Bony-Mathis, Aurore Simon

La situation que j’ai envie de vous raconter est celle d’un jeune garçon âgé de 8 ans. Un jour, on me demande d’aller le chercher dans la salle de jeux. Il est en train de jouer avec d’autres enfants. Quand je l’appelle par son prénom, il vient en courant près de moi, tout souriant. Comme on me l’a demandé, je lui dis qu’il doit m’accompagner dans sa chambre pour qu’il prenne son médicament car comme il le sait, il va être opéré.

Le lendemain matin, j’apprends que ce jeune garçon a été amputé d’une jambe parce qu’il a un ostéocarcinome et j’apprends également qu’il faudra sûrement l’amputer de l’autre jambe car il a des métastases jusqu’aux bras…

Une sonnette retentit, je vais répondre, il fait noir. Je n’allume que la lampe de chevet pour ne pas réveiller toute la chambre.

La pompe sonne, j’en cherche les raisons, et quand je soulève la couette pour regarder les tubulures de la perfusion, j’aperçois ce jeune garçon dans les bras de sa mère ; il me regarde et il hurle, sa maman pleure également. Mon dernier souvenir de lui était qu’hier, il courait vers moi et me souriait.

A ce moment-là je suis restée bloquée. Que faire ? Comment avoir une réaction adéquate, digne, envers ce jeune enfant et sa maman ? Je n’ai rien pu faire, je me suis excusée auprès de sa maman et je suis sortie expliquer aux infirmières que je ne saurais pas m’occuper de cette chambre là.

A TRAVERS AUDE, LA DIGNITÉ

Brigitte, maman de Aude

Aude avait 19 ans quand elle a appris qu’elle était atteinte d’une maladie grave. Peu après le diagnostic, son papa est décédé. Pendant 5 ans, entourée par sa maman, son frère et tous ses amis, elle a vécu sa maladie en se glissant dans la peau d’une princesse dont le château était l’hôpital. Et sa vie a pu être belle encore.

C’est à partir de trois mails, écrits depuis la tour Est de ce château dans les dernières semaines de sa vie, que sa maman a choisi de témoigner de la dignité.

Je ne pourrais pas parler, témoigner, discourir seule de cette part de grâce, d’élégance et de survie, qu’est la dignité.

Aude est à mes côtés, Parce qu’elle est mon exemple de dignité, et parce que demain est arrivé trop vite, et qu’elle est celle qui aurait voulu parler, sans cesse messager pour ne laisser personne dans l’oubli ou la médiocrité.

C’est elle qui m’a donné, et continuera de le faire, la force d’intervenir à sa place, elle sera fière que je le fasse, respectant sa part la plus digne, celle de témoin pour le meilleur.

LA DIGNITÉ, ÇA SE MÉRITE

Paul Hermant

Dans l’acception originelle, la dignité vous est conférée. Elle n’est pas naturelle, mais culturelle et sociale. Elle n’est pas innée, mais construite. C’est par votre mérite que l’on reconnaît votre dignité. Vous avez besoin des autres pour devenir digne. C’est tout simple. Et d’ailleurs, c’est vrai que personne ne se proclame « digne de quelque chose » ou digne tout court, sauf à être outrecuidant ou téméraire. Car sans altérité, il n’y a pas de dignité.

C’est important de le dire parce que le mérite non plus ne se décrète pas. Il se déduit d’actions, de postures, de manières d’être, de positions : quelqu’un de méritant a son passé qui parle pour lui. Le mérite mesure l’équation, dans la vie d’un homme, de préceptes, de principes, de leur mise en oeuvre et de leur respect. Bien entendu, la mesure du mérite varie, bien entendu. On n’est pas méritant pour les mêmes choses en l’an -100 et au 21ème siècle.

Mais il reste que la reconnaissance du mérite, la dignité donc, dépend de l’effort consenti et déployé. On n’imagine pas quelqu’un naturellement assujetti à la bonté, à la générosité, à l’altruisme, par exemple. Il faut pour cela produire un effort constant. Il faut se maintenir à la hauteur de l’idée morale que l’on se fait de soi et des autres. C’est un vrai travail de mériter d’être méritant.

Pour ce qui est d’être indigne, c’est la même chose mais à l’envers. On a inventé le mot « indignité » pour signifier que l’on subissait quelque chose que l’on ne méritait pas. Par exemple, on était indigne d’un sort qui nous était fait. Une indignité était aussi une reconnaissance sociale. Vous valiez mieux, mais vous aviez reçu peu : cela était indigne de

vous. C’était dommage. Ce n’est que plus tard que l’indignité est devenue péjorative. On est désormais indigne d’une fonction, d’un salaire, d’un honneur. On peut tout aussi bien être indigne d’être un homme, tout simplement.

UN FOU NOIR AU PAYS DES BLANCS

Pie Tshibanda

Est-ce que vous faites un lien entre l’idée de « valeurs » et la dignité ? Lequel ?

La dignité repose sur les valeurs. Ce qui a de la valeur est digne de choix et celui qui se laisse guider par les valeurs est un homme digne. Mais il faut faire éviter d’associer valeurs et prix. Ecrit au pluriel « valeurs » rime avec éthique. Et l’éthique est indispensable au vivre ensemble.

Les histoires que vous racontez, vous vous les racontez aussi à vous-même, pour rester attaché à vos valeurs africaines ? Pour ne pas les oublier ? Pour que les gens ne les oublient pas ?

Il y a s’écouter soi, je ne le nie pas…mais il y a aussi partager. Partager comme si j’avais envie de dire aux gens d’ici « Faites attention, vous allez peut-être trop vite ! ».

Mais partager avec les autres, c’est dire « Oui, d’accord, je dois faire un effort par rapport à ce que je vois, pour que nous allions de l’avant. Parce que l’Europe va de l’avant ». Mais en même temps, je me demande si vous ne devriez pas réduire un peu la vitesse…Je suis comme quelqu’un qui court derrière vous et qui vous fait remarquer qu’en courant trop vite vous piétinez aussi des bonnes choses !

Témoignages

Voici quelques témoignages que des participants ont couché dans notre grand cahier à anneaux…

Bravo ! Tellement diversifié, intéressant, motivant, drôle, émouvant…Quelle palette !

Merci. Au 8 mai 2009 !

X

Je repars avec un sourire permanent au coeur, aux lèvres.

Merci pour la richesse de cette journée !

Je suis contente que ce ne soit pas une évaluation de la journée qui nous est demandée.

Tout ce que je peux dire, c’est que la « qualité » était présente à tout moment et quand je dis « qualité », je précise toutes les qualités :

- Humaine …accueil

- Contenu intéressant, riche de questionnement

- Artistique (musical, …)

La journée fut empreinte d’émotions et a été l’occasion d’échanges et de retrouvailles.

Comme Pie Tshibanda l’a évoqué, le temps n’était pas le même aujourd’hui, pour ceux qui vivaient intensément cette journée…

Merci à tous ceux qui ont pensé et agi ce colloque, et à l’an prochain…comme Pie…en stop !

Anne

Très beau colloque, intense, vrai et qui nous renforce dans le désir de soigner avec empathie et respect !

Dominique

Je reporte aux équipes de l’hôpital où je travaille l’écho de cette rencontre pleine d’humanité

Michel

Après un sérieux problème de santé, durant lequel les équipes soignantes et aimantes ont joué un rôle vital, je me sens ouverte encore plus qu’avant à ces différents regards posés sur les souffrants ! Je repars pleine d’espoir et de confiance dans un avenir qui portera les beaux fruits de journées comme celle-ci…

Merci à vous !

Michelle

Merci de faire exister des espaces aussi nourrissants, où la rencontre est vivifiante. La solidarité se voit, la foi se solidifie. Appeler l’Humain à l’excellence, c’est travailler à la Beauté du monde.

A l’année prochaine !

Véronique

Le café d’accueil du matin (après 1H30 de route pour arriver !) m’a manqué, ainsi que des feuilles vierges dans la farde et le sandwich un peu mini…mais je reviendrai !

X

Pour le 8 mai 2009, améliorer un peu la technique ! Toujours une très belle ambiance, bravo !

X

Superbe journée ensoleillée.

Superbes messages transmis et partagés : que cela continue !

En sortant d’ici, j’ai envie de dire : la 1ère des 7 merveilles du monde, c’est l’Etre humain !

Merci et à l’année prochaine !

Colette

Merci à toute l’équipe !

Cette journée est d’une qualité qui surpasse tout ce que j’ai déjà pu connaître.

Je suis impressionnée (touchée) par l’éventail, l’ouverture tous azimuts que vous nous avez offerts !

Martine

Que de densité , d’intensité ! Pas toujours facile d’être toujours « dans le train »…mais il y en avait vraiment pour tous les goûts et toutes les émotions !

Bravo !!

Et le sujet de l’an prochain semble aussi passionnant !

Myriam

 

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